Résumé
La justice constitutionnelle béninoise, longtemps érigée en modèle de protection audacieuse des droits fondamentaux en Afrique francophone, traverse depuis quelques années une mutation profonde dont la décision DCC 26-003 du 27 février 2026 constitue le point d’aboutissement. Le présent article soutient que les réformes constitutionnelles et organiques adoptées ces derniers mois opèrent, sous couvert de rationalisation procédurale, une régression caractérisée du constitutionnalisme libéral originel issu de la Conférence des Forces Vives de février 1990. L’office du juge constitutionnel se reconfigure autour d’une logique de régulation institutionnelle au détriment de la fonction protectrice. Cette reconfiguration érode la garantie juridictionnelle effective des droits fondamentaux dans ses dimensions ratione materiae, ratione temporis et ratione personae et révèle le paradoxe d’une constitutionnalisation consolidée formellement, mais vidée de sa substance libérale. Cet article récuse explicitement la lecture rationalisatrice qui présente ces évolutions comme un simple ajustement procédural et démontre, à travers l’analyse de la jurisprudence récente, qu’il s’agit d’une régression substantielle dont la pérennité dépendra de la constance avec laquelle la doctrine béninoise et africaine continuera d’en nommer les ressorts. Mots-clés : justice constitutionnelle ; Bénin ; droits fondamentaux ; bloc de constitutionnalité.